Reforestation mono-espèce vs. restauration de la biodiversité : quelle stratégie pour MORFO ?

Le 23 janvier 2023

En 2022, dans le monde, 90% des projets de reboisement sont basés sur des semis à faible biodiversité et 45% des projets sont en mono-espèce (source : World Resources Institute). Le reboisement mono-espèce est la pratique consistant à ne planter qu'une seule espèce d'arbre dans une zone particulière. Alors que le reboisement mono-espèce peut sembler être une solution rapide et facile pour restaurer les forêts, les impacts négatifs de cette méthodes sont en fait nombreux. Ces modes de plantation d’arbres identiques peuvent avoir des conséquences dramatiques sur le patrimoine et la survie de régions entières. Et les raisons en sont diverses.

Il est urgent de replanter des éco-systèmes forestiers variés et complémentaires

Les premières conséquences qui peuvent venir à l’esprit, dans un monde où les méga-feux font leur apparition chaque été désormais, concernent l’inflammabilité de ces forêts. Une étude publiée en août 2018 et portant sur 40 sites forestiers analysés entre 1982 et 2016, a révélé que les forêts composés d’espèces diverses d’arbres sont plus résistantes à la sécheresse. Ainsi, après une coupe ou un incendie, les chercheurs recommandent de replanter plusieurs essences d'arbres selon la meilleure combinaison hydraulique possible. Les forêts mixtes sont plus résistantes aux tempêtes et réduisent le risque de dommages à grande échelle. Essentiellement, plus il y a d'arbres survivants, plus le potentiel de régénération naturelle est grand. Et cette haute survivance s’obtient grâce à la plantation ou la restoration d’eco-systèmes variés.

Par ailleurs, les forêts naturelles sont des écosystèmes composés d'une grande diversité d'espèces végétales et animales. Chaque espèce joue un rôle unique dans l'écosystème, et la perte d'une espèce peut avoir un effet d'entraînement sur l'ensemble de l'écosystème. Le reboisement mono-espèce, en revanche, crée un environnement homogène qui n'est pas en mesure de supporter le même niveau de biodiversité qu'une forêt naturelle. Ce manque de biodiversité peut entraîner une diminution du nombre d'espèces vivant dans la région et peut également rendre l'écosystème plus vulnérable aux maladies, aux ravageurs et aux catastrophes naturelles. Le reboisement monospécifique peut entraîner une sensibilité accrue aux maladies et aux ravageurs. Lorsqu'une forêt est composée d'une seule espèce d'arbre, toute maladie ou ravageur qui affecte cette espèce peut avoir un impact dévastateur sur l'ensemble de la forêt. C'est parce qu'il n'y a pas d'autres espèces présentes pour agir comme tampon contre les maladies et les ravageurs. En revanche, les forêts naturelles sont composées d'une variété d'espèces, donc si une espèce est affectée par une maladie ou un ravageur, les autres espèces peuvent encore survivre et maintenir la santé globale de la forêt.

Pour les personnes qui habitent dans ces régions, des études montrent que la reforestation en mono-espèce peut être néfaste pour les populations locales en termes de travail et de subsistance. Par exemple, des études ont montré que lorsque les populations locales ne sont pas impliquées dans la planification et la gestion de la reforestation, elles peuvent ne pas avoir accès aux terres qui leur étaient auparavant utilisées pour l'agriculture, la chasse et la pêche, ce qui peut réduire leur moyen de subsistance. Les monocultures peuvent également réduire la biodiversité et les services écosystémiques, ce qui peut avoir un impact négatif sur les communautés locales qui dépendent de ces ressources. Il est important de consulter et d'impliquer les populations locales dans tout projet de reforestation pour minimiser ces impacts négatifs.

L’érosion des sols est aussi souvent mal maitrisée par la plantation de mono-espèces, qui plus est de forte croissance. C’est ce qu’ont démontré six chercheurs chinois, dans une étude menée sur l’ile de Hainan et publiée en septembre 2020 : "La mono-plantation d'espèces à croissance rapide est la première étape pour effectuer le reboisement afin d'éviter les glissements de terrain fréquents et abondants induits par les pluies sous les tropiques. Cependant, les espèces à croissance rapide peuvent avoir une réponse hydraulique négative à la sécheresse saisonnière pour maintenir un taux de croissance élevé et, par conséquent, il peut être difficile pour le reboisement dans les tropiques de récupérer la teneur en eau du sol”.

L’absence d’investissement et de coordination dans la R&D est l’une des raisons qui explique ces plantations en mono-culture

On pourrait penser que les acteurs en charge de cette reforestation (gouvernements, ONG, entreprises…) sont les seuls responsables de cette situation. Mais le problème est plus profond. Il existe plusieurs raisons pour lesquelles les entreprises et les gouvernements peuvent préférer planter en monoculture.

  1. Coûts: La monoculture peut sembler moins coûteuse que la plantation de plusieurs espèces, car il n'est pas nécessaire de planter et de cultiver différentes espèces. Mais cette vision est toujours court-termiste et la mauvaise qualité de ces reforestations fait, au fil des années, monter le montant total des projets
  2. Simplicité: Avec un niveau limité de connaissance et sur du court terme, il est plus facile de gérer une monoculture car elle requiert moins de soins et de surveillance.
  3. Rentabilité: Les monocultures peuvent être plus rentables pour l’industrie forestières car elles produisent des rendements plus élevés et plus réguliers que les cultures mélangées. Mais cela ne point ne prend en compte que les revenus de l’industrie forestière, et non l’ensemble des autres revenus que l’on peut tirer d’une zone reforestée avec variété.
  4. Besoins industriels: Certaines entreprises, comme les papetières ou les producteurs de biocarburants, ont besoin de grandes quantités d'un seul type de matière première, ce qui est plus facile à obtenir avec des monocultures.

Ces raisons sont souvent de mauvaises raisons et nous rencontrons chaque jour de nombreux acteurs, gouvernements, ONG et entreprises qui souhaitent mener des projets de reforestation de qualité, mais qui n’y parviennent pas.

La principale raison est donc l’absence d’investissement en R&D et de coordination entre les différents acteurs de la chaine de reforestation.

Notre mission : rendre la restoration d’écosystèmes forestiers plus simple plus abordable

Nous l’avons vu, même s’ils en ont la volonté, mener des projets de reforestation complets d’écosystèmes, diversifiés, aux essences complémentaires n’est souvent pas possible pour les acteurs de la plantation. Ils sont confrontés à plusieurs barrières :

  • diversité des écosystèmes : conduire des projets de reforestation multi-espèces nécessite de mener des recherches en ce sens. Comme chaque région est spécifique, cela multiplie le nombre de recherches à mener. Les recherches que nous menons pour la région de Rio au Brésil, par exemple, peuvent être utilisées pour nos projets au Gabon, mais seulement dans pour une infime partie d’entre elles
  • dilution de la connaissance : plusieurs laboratoires ont engrangé d’énormes masses de connaissances. Mais ces laboratoires sont situés aux quatre coins du monde et ne travaillent pas toujours ensemble.
  • accès à la connaissance : les connaissances sont parfois détenues depuis plusieurs années par des chercheurs reconnus, mais les acteurs privés ou publics en charge de la reforestation ne font pas toujours l’effort d’aller chercher ces informations et de les appliquer à leurs programmes de reforestation
  • accès aux semences : dans certaines régions, les pépinières n’existent pas. Dans d’autres, elles ne sont en capacité de produire qu’une seule essence, puisqu’on ne leur a toujours acheté que cette essence pour reforester dans cette région donnée.
  • difficulté de plantation : dans certaines zones, éloignées, escarpées ou polluées par l’activité humaine, la reforestation se fait au plus simple, parfois cyniquement en imaginant que cela réduira les risques pour les planteurs par exemple

Dans ce paysage, la mission de MORFO est d’associer ces différentes connaissances et de les rendre utilisables sur le terrain, dans une solution simple d’usage et économe. Pour cela, le travail réalisé au quotidien par chaque membre de l’équipe est essentiel puisque pour lever les freins à la reforestation multi-essences, nous devons élargir très rapidement nos connaissances microbiologiques, agronomiques, botaniques et forestières. Notre stratégie : pour un biome donné (= une aire géographique définie par sa faune, sa flore, son climat…), nous emmagasions une somme élevée de connaissance et l’appliquons sur les nombreux terrains que propose ce biome, projet par projet.

Pour en savoir plus, découvrez :

Co-founder & CEO
Adrien Pagès
- Paris, France

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